De l'architecture comme décors
C’est dans cette représentation de La città ideale[1], panneau dit d’Urbino, tableau emblématique de la construction perspectiviste de la renaissance italienne, que cette recherche photographique prend sa source. On y retrouve la frontalité des façades, la rigueur de la construction et notamment le respect des lignes horizontales et verticales, la position du point de fuite dans l’image.
Mais ce travail photographique ne se contente pas de reproduire un schéma préexistant. Il prend en compte, bien évidemment, la notion de point de fuite propre à la représentation de la perspective et la notion de point de vue propre à la photographie, mais également la notion de point de l’œil, décrite par Hubert Damisch[2] dans son ouvrage L’origine de la perspective, point du sujet se trouvant directement dans l’axe du regard. Ce point de l’œil, habituellement situé au centre de l’image photographique est ici confondu au point de fuite et peut se déplacer dans l’image.
Malgré toutes les études faites sur le panneau d’Urbino, il reste néanmoins une incertitude. On suppose qu’il s’agit d’une maquette de décor de théâtre, comme si l’architecture était le décor du théâtre de nos vies.
[1] La città ideale, panneau dit "d'Urbino"La città ideale est un panneau de 239,5 x 67,5 cm peint entre 1470 et 1475 qui se trouve à la Galerie nationale des Marches à Urbino. D'où le titre "panneau d'Urbino" ; d'abord attribué à Piero delle Francesca, puis à Luciano Laurana et aujourd'hui à Francesco di Giogio Martini ou Melozzo da Forli. Cette œuvre, outre sa perfection picturale est un manifeste esthétique et pédagogique sur ce nouvel art inventé à la Renaissance.
[2] Damish Hubert : 1928-2017 (Paris) fut un philosophe et un historien de l'art, important par la diversité de ses écrits sur les arts visuels (peinture, architecture, photographie, cinéma et théâtre). En 1987, il publia un essai remarqué : L’origine de la perspective (Flammarion,487 p.). Dans ma série photographique, je m'intéresse non à une architecture idéalisée mais à de simples bâtiments, la plupart laissés à l'abandon, c'est sans faire de jeux de mots, une autre perspective.































